Le Dauphiné Libéré                                                                                                   Dimanche 2 septembre 2007 page 5

 

                                 VOTRE REGION

 

                                                STATION Durant l’été, la tension est encore montée d’un cran

 

                                 Céüze ne remonte pas la pente

 

 

La station se relèvera-t-elle ? Entre ceux qui ne sont pas opposés à son ouverture mais veulent des garanties

quant à leur approvisionnement en eau et ceux qui considèrent que le projet de station ne peut plus avancer,

difficile d’envisager l’avenir. Pourtant, le conseil général maintient ses engagements financiers.

 

PELLEAUTIER

 

 

 

Béret bien vissé sur le crâne, moustache drue sur une carrure de pilier de rugby, « Riton » Pellegrino n’en mène pas large. Il est l’un des derniers gardiens de Céüze, cette station en voie d’extinction. Mais « Riton » a du cran et la foi des pionniers. Il est déterminé à ne pas voir mourir cette station du Gapençais. L’association de sauvegarde qu’il a créée avec les employés  de Céüze et les amoureux de cette station tente de recoller les bouts d’un désastre en devenir. Ce printemps et cet été, l’association « Céüze passion » a poursuivi sa mobilisation, rencontré les élus. « On se battra » avance « Riton ».

Mais la lutte promet d’être âpre. On a attribué peut-être un peu vite l’extinction de Céüze au réchauffement climatique. « Ce sont plutôt les hommes qui sont en train de tuer la station » constate un élu qui assiste au pourrissement de la situation.

Le président du Sivu, Alain Chevalier, a administré les saints sacrements en mai dernier, en annonçant la fermeture de la station. Les maires des communes voisines de Pelleautier et Sigoyer, opposés au projet de réserve collinaire destinée à l’enneige-ment artificiel – il craignent pour leur alimentation en eau-, venaient alors d’obtenir gain de cause devant le tribunal administratif, qui a suspendu l’autorisation de travaux.

Pour Alain Chevalier « vu qu’on ne peut pas développer le projet, on ne peut pas continuer ».

Depuis la tension n’a cessé de croître.

Alain Chevalier campe sur ses positions : la fermeture.

Cela étant, il considère contradictoirement que l’exploitant privé, Jean-Michel Garcin, devra ouvrir cet hiver parce qu’il est tenu par la délégation de service publique qu’il a signée. L’exploitant considère également qu’on est arrivé à une situation de blocage.

Les élus de Sigoyer et de Pelleautier ne cessent de dire qu’ils ne sont pas opposés à l’ouverture de Céüze, mais veulent des garanties sur leur approvisionnement en eau. « Leur recours en référé aboutira sur le fond. S’il faut encore repartir dans des procédures… » estime Alain Chevalier.

Le conseil général, principal bayeur de fonds, pour l’enneigement artificiel, a rencontré depuis le printemps tous les intervenants, les uns après les autres

. « Nous maintenons nos engagements financiers. Les soucis des uns qui se préoccupent de leur alimentation en eau, et les intérêts des autres qui veulent développer la station, sont respectables et pas contradictoires », considère Gérard Fromm, vise président du conseil général.

Difficile cependant de trouver une issue dans ce dossier où les acteurs ne se parlent plus, sinon par lettres recommandées. « Ce qui est à craindre, c’est qu’au bout de tout cela, tout ce qui pouvait être sauvé ne le soit pas » poursuit Gérard Fromm.

La saison prochaine semble d’ores et déjà fortement compromise.

Avec une saison de plus de perdue, Céüze s’en relèvera-t-elle ! se demande « Riton ».

 

 

 

 

 

Lionel ARCE-MENSO

 

 

 

Le Dauphiné Libéré                                                                           Dimanche 2 septembre 2007 page 5

 

 

 

                      Un conflit de plus en plus explosif

 

Il y a la grande histoire de Céüze, et les petites, qui entretiennent un climat désastreux, voire malsain.

Le président du Sivu Alain Chevalier et l’exploitant Jean-Michel Garcin ne se parlent plus que par lettres recommandées.

Les maires de Sigoyer et Pelleautier et leur homologue de Manteyer sont en froid – le mot est faible.

La préfecture est intervenue à deux reprises dans l’été pour

déminer des situations explosives.

Après avoir vu son garage tagué du même terme que celui qu’aurait prononcé le maire de la Freissinousse à son égard lors d’une prise de bec, le maire de Pelleautier a, de colère, déboulé dans la mairie de son homologue pour lui dire son fait. La préfecture est intervenue pour calmer le jeu et aucune plainte n’a été déposée.

 

Autre épisode au mois d’aôut : l’éleveur qui met son troupeau en pâture à Céüze a craint qu’on ne lui donne pas accès à l’eau pour son troupeau pendant l’estive. Il a fallu une nouvelle intervention du secrétaire général de la préfecture, ainsi que du président de la Chambre d’agriculture, auprès de la mairie de Manteyer, pour que les choses rentrent dans l’ordre.

Qui aura le courage de mettre la main dans le panier de crabes ?

Le préfet estimait au mois de juin que la parole était au Sivu de Manteyer et écartait l’éventualité de prendre l’initiative d’une table ronde.

Le conseil général se dit prêt à jouer les « messieurs bons offices » pour dénouer ce sac de nœuds. Encore faut-il que les différents acteurs du dossier le reconnaissent comme médiateur et acceptent de dialoguer à nouveau.

 

L. A-M

 

 

REPERES

 

UNE BELLE HISTOIRE

UNE HISTOIRE D’HOMMES

UNE HISTOIRE D’EAU

▪ Un syndicat intercommunal à vocation unique réunissant les communes de Manteyer et la Roche des Arnauds est à la tête de Céüze. En décembre 2005, il a délégué l’exploitation à Jean-Michel Garcin, enfant du pays, qui voulait faire renaître la station.

▪ Entre le président du Sivu et le délégataire, les relations se sont rapidement dégradées. Le premier reproche notamment au second ses appétits immobiliers. Le second fustige l’absence de projet de développement cohérent du premier.

Sigoyer et Pelleautier tirent leurs ressources en eau de Céüze et craignent de se trouver en pénurie d’eau si la réserve collinaire se réalise à Céüze. Une étude hydrologique a été commandée, plutôt favorable à la réserve, mais les élus sigoyards et pelleautiards ont porté l’affaire au tribunal administratif et obtenu la suspension de l’autorisation de travaux.